 Au nom du groupe Communiste, je tiens à vous dire, Monsieur le Président, Madame
la Vice-présidente, mes chers collègues, notre satisfaction d'avoir aujourd'hui
à nous prononcer sur le rapport qui nous est soumis.
Effectivement, il s'agit là d'un enjeu majeur de notre époque. Il nous est
proposé que notre Région s'engage en faveur d'une politique publique destinée
à favoriser l'aménagement numérique du territoire et l'accès aux outils multimédia.
C'est aujourd'hui indispensable, structurant tant du point de vue économique
que de celui de l'accès au savoir et à la connaissance et même on peut dire
que ces nouvelles technologies de l'information changent le processus de création
lui-même.
Ce rapport introduit donc une dimension nouvelle importante de la politique
régionale en matière d'appropriation sociale, collective et participative de
ces technologies. Il pose notamment l'un des enjeux essentiels de l'offre des
réseaux de télécommunications en Ile-de-France : le haut débit.
Nous savons déjà combien l'accès au haut débit est stratégique pour l'enseignement
supérieur et la recherche. Comme le propose le rapport, nous pensons qu'il faut
continuer la mise en place des boucles et de la dorsale pour permettre les connexions
et le travail en réseau.
Fournir un accès à l'Internet via une connexion rapide et continue pour tous
les lycéens et apprentis, voilà une action publique d'envergure qui correspond
en partie aux inégalités d'accès aux technologies de l'information. Le groupe
Communiste se réjouit de cette proposition.
Néanmoins, pour que le haut débit soit un véritable succès politique, économique
et social contenus et infrastructures doivent évoluer de concert. Pour cela,
il faut prendre l'exacte mesure des inégalités face aux nouvelles technologies.
Je souhaite donc vous faire part seulement de quelque réflexion à ce sujet.
Ces inégalités sont d'abord territoriales, comme le souligne le rapport. Les
opérateurs ont tendance à ne desservir en priorité que les zones les plus rentables,
c'est-à-dire les plus denses en entreprises et en clientèle résidentielle. S'agissant
de l'Ile-de-France, la concurrence entre opérateurs ne joue réellement que dans
quelques zones bien délimitées : Ouest parisien, centre de Paris, Plaine de
France. Face à cela, la Région ne devrait-elle pas inciter ces derniers à desservir
des zones peu ou mal desservies, autrement dit les angles morts du marché, en
utilisant l'effet de levier résultant de la masse considérable des sommes investies
? Il y a, par exemple, urgence à faciliter l'accès au haut débit pour les PME
rurales.
Aujourd'hui, lorsque la Région subventionne des routes, rien n'est envisagé
pour que les travaux d'infrastructure routière s'accompagnent d'aménagements
susceptibles de recevoir le câble. Or, l'argent dépensé pour construire les
routes pourrait aussi servir à l'accès au haut débit sur le territoire. Parler
d'autoroutes de l'information prendrait ainsi un autre sens.
Plus largement, le Conseil régional devrait désormais mener non plus une politique
de subsidiarité, mais une politique incitative.
La Région ne pourrait-elle pas être à l'initiative d'un grand projet de développement
sur tout le territoire qui ne consisterait pas uniquement à mettre en place
des ordinateurs et des réseaux, mais à réunir les acteurs intéressés par une
mise en commun des différents savoirs et expériences afin de réfléchir aux partenariats
possibles en matière d'équipement entre collectivités, entreprises, établissements
scolaires, associations ?
Ensuite, contribuer à ce que tous les Franciliens puissent être équipés est
un objectif nécessaire. Cependant, force est de constater qu'une réponse à la
société de l'information par les infrastructures est loin d'être suffisante.
Les inégalités d'accès aux nouvelles technologies ne sont pas seulement territoriales
ou techniques, mais aussi et surtout sociales. Une réflexion sur les usages
à venir s'impose et donc sur les contenus à fournir ou à susciter.
La disponibilité des infrastructures, faut-il le rappeler, ne signifie pas
forcément connexion pour tous les habitants. Elle profite d'abord à ceux qui
sont déjà les mieux dotés en capital culturel et économique. C'est pourquoi
notre Région doit faciliter l'appropriation par tous des technologies de l'information
et de la communication, afin de lutter contre ce que l'on a coutume d'appeler
le fossé numérique.
Notre collectivité pourrait, à l'instar d'autres collectivités en France et
à l'étranger, et c'est ce qui nous est proposé dans le rapport cadre, équiper
des lycées classés zone sensible ou ZEP, des CFA et des établissements d'enseignement
supérieur en ordinateurs portables pouvant être mis à la disposition des jeunes
et de leurs familles tant pour des besoins éducatifs que pour des besoins propres.
Cette action publique dans des établissements volontaires pourrait favoriser
une généralisation des outils technologiques pour tous les jeunes et leurs familles
et ainsi éviter l'aggravation des inégalités sociales et culturelles causées
par ces mêmes outils. Un partenariat avec l'Education nationale, permettant
la mise à disposition du personnel compétent pour encadrer les lycéens et apprentis,
est naturellement nécessaire, comme l'ont souligné mes collègues.
Mais la fibre optique, la boucle locale radio, l'ADSL, la diffusion des ordinateurs
ne sont que des moyens permettant d'accéder aux contenus. Permettre aux citoyens
de devenir, s'ils le souhaitent, des internautes avertis est une mission essentielle.
Se connecter à l'Internet est une chose, pour quels contenus est une autre question.
L'offre de service aux particuliers doit faire partie de nos priorités. Nous
souhaitons que la Région s'y engage à partir de ce rapport cadre. La Région
devrait se donner pour mission de proposer à toutes les collectivités du territoire
francilien de produire des contenus afin de construire un réseau d'utilisation
et d'échange citoyen via l'accès à Internet. C'est à cette condition que les
infrastructures peuvent mettre le territoire en mouvement. Pour cela, les pouvoirs
publics ne peuvent pas ce contenter de suivre le mouvement d'informatisation
de la société dans sa logique marchande. C'est dans cette contre-idée que le
rapport nous est proposé.
Nous pensons qu'il convient de valoriser et de faire vivre la dimension potentiellement
civique et démocratique des nouvelles technologies. Les pouvoirs publics peuvent
avoir une démarche incitative et collective qui développe les partenariats entre
tous les acteurs concernés, car l'Internet ne s'articulera avec les notions
de démocratie et de citoyenneté que si une volonté politique est fortement affichée
en ce sens. Pourquoi ne pas réfléchir, par exemple, à un événement à la fois
symbolique et fédérateur qui permettrait de sensibiliser les élus, les acteurs
locaux et l'ensemble de la population à la notion de citoyenneté via l'Internet
?
Vous l'aurez compris, notre groupe soutient le rapport présenté, mais pour
réussir l'entrée de tous les Franciliens dans la société de l'information et
de la communication, il faut encore plus d'audace et plus d'ambition et nous
soutiendrons toutes les initiatives allant dans ce sens.
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